En ce début de janvier, j'ai repris mes petits brocs et c'est reparti pour une saison de traite auprès des ânesses.
Souvent, on me demande comment ça se passe et surtout, la question qui revient : prive-t-on les ânons, pour ne pas dire vole-t-on le lait des ânons ?
Pour tout savoir de ce qui se fait à l'Asinerie de la Petite Creuse, c'est par ici.
Lorsque l'on veut produire du lait d'ânesse, il faut -je ne vous apprends rien- que l'ânesse ait un ânon et surtout que l'ânon reste auprès de sa mère. Si on sépare l'ânon de sa mère, le résultat va se faire sentir sans attendre bien longtemps : le lait va se tarir, ce qui n'est pas vraiment l'objectif pour une productrice de lait d'ânesse.
En pratique donc, le premier point à retenir : les ânons vivent avec leurs mères. C'est important pour la production de lait mais au-delà, c'est aussi ce qui contribue à avoir des animaux "bien dans leur tête". Pour leur avenir d'âne de travail ou de compagnie, c'est primordial.
Mais si l'ânon reste avec sa mère, comment faire pour la traite ?
D'abord, un peu de patience...
La lactation annonce la naissance des ânons. Quelques jours avant la mise-bas, la mamelle de l'ânesse gonfle, le lait perle. C'est le signal qui me fait surveiller de près l'ânesse pour veiller à ce que la naissance se passe bien. Mais avant de commencer à traire, il faudra encore un peu de patience.
J'ai attendu 12 à 13 mois la naissance mais il faut encore un peu de temps avant de pouvoir traire. Déjà, le tout premier lait, le colostrum, n'est destiné qu'à l'ânon. C'est son immunité qui est en jeu. Ensuite, les premières semaines, il va boire de petites quantités de lait plusieurs fois par heure, puis, peu à peu, ses repas lactés vont s'espacer. C'est sa diversification alimentaire que je vais surveiller.
Au pâturage avec sa mère, l'ânon va commencer à brouter, par imitation. Il va aussi tester les aliments que je donne aux mères pour les soutenir dans leur lactation. Quand je vois que l'ânon passe du temps à brouter, c'est un premier signe, je vais pouvoir commencer à traire.
Le deuxième signe attendu, c'est celui de l'indépendance, enfin, du début de l'indépendance. Quand les ânons ne sont plus tout le temps dans "les jupes" de leurs mères, quand ils s'éloignent pour jouer entre eux, pour découvrir leur espace de vie par eux-même, je vois qu'ils vont pouvoir être séparés quelques heures de leurs mères.
Jusque là, les mères et les ânons ont vécu en mini troupeau, au pâturage dans la journée, en abri la nuit. Avant de pouvoir séparer les ânons, une autre étape doit se faire : la rencontre avec le restant du troupeau. Ce sont les ânes plus âgés qui "garderont" les ânons durant les heures de séparation. Alors, durant quelques temps, il y a des journées de pâturage commun entre les ânesses laitières, leurs ânons et le restant du troupeau. Un fois l'intégrationdes jeunes acquise... et bien, je vais pouvoir traire. Les ânons ont environ trois mois.